Taekwondo ivoirien : Pourquoi la reprise de l’AGO ne suffira pas à régler la crise
La décision du ministère des Sports de demander la reprise de l’Assemblée générale ordinaire du 28 décembre 2025 marque un tournant dans la crise qui secoue la Fédération ivoirienne de Taekwondo (FITKD). En remettant en cause les conditions d’organisation de cette rencontre, l’autorité de tutelle ne se contente plus d’appeler au dialogue : elle pointe une série de dysfonctionnements susceptibles d’avoir affecté la régularité du processus fédéral.
Canal informel d’information, délai de convocation jugé non conforme, procès-verbal de la précédente AGO non transmis à tous les membres statutaires, ordre du jour contesté, projet de modification des textes communiqué partiellement : la liste dressée par le ministère est suffisamment longue pour interroger la solidité de la gouvernance fédérale.
Une accumulation d’irrégularités qui pose question
Au-delà de chaque grief pris isolément, c’est leur accumulation qui interpelle. Une fédération sportive ne peut durablement fonctionner dans un climat où une partie de ses membres statutaires conteste les procédures et où les décisions importantes deviennent des objets de confrontation.
La présence d’un commissaire aux comptes présenté dans le courrier ministériel comme non inscrit à l’Ordre des experts-comptables de Côte d’Ivoire ajoute une dimension supplémentaire au débat. Ce point, s’il est confirmé, soulève nécessairement des interrogations sur la fiabilité des mécanismes de contrôle financier et de validation des comptes. Le collectif de 50 membres statutaires ayant formalisé son opposition le 7 septembre montre, surtout, que le malaise dépasse une simple querelle entre dirigeants.
Le renvoi aux autorités nationales change la donne
La position de World Taekwondo constitue également un élément important. En indiquant ne pas vouloir intervenir sur le fond du différend et en renvoyant les questions de gouvernance aux autorités nationales, l’instance mondiale laisse au ministère, au Comité national olympique et aux acteurs ivoiriens une responsabilité accrue.
Le dossier ne peut donc plus être réglé par un simple recours à l’arbitrage d'une instance internationale. La solution devra être institutionnelle, juridique et surtout fédératrice.
Réformer les textes avant de repartir aux élections
L’autre enseignement majeur réside dans la volonté du ministère de faire précéder l’Assemblée générale élective d’une révision des textes. Cette démarche est essentielle si elle permet de corriger les zones de fragilité ayant nourri la crise. Mais elle devra éviter de devenir un nouvel épisode de la bataille de gouvernance. La question de l’âge des candidats sera notamment scrutée. Le ministère demande que les recommandations de World Taekwondo soient intégrées afin que cette condition ne puisse servir de motif d’exclusion. L’enjeu sera donc de garantir des règles claires, connues de tous et applicables de manière uniforme.
Sortir enfin de la logique de confrontation
La FITKD se trouve désormais face à un impératif : restaurer la confiance. La reprise de l’AGO peut remettre les compteurs à zéro, mais elle ne suffira pas à elle seule à rétablir la cohésion.
Le véritable défi sera de reconstruire une gouvernance acceptée par les différentes composantes de la Fédération. À défaut, toute nouvelle assemblée risque de reproduire les mêmes contestations. Le taekwondo ivoirien a donc besoin moins d’un nouvel épisode de bras de fer que d’un processus transparent, contradictoire et inclusif, capable de replacer l’intérêt de la discipline au-dessus des querelles de personnes.
Noah Djédjé
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